Cher lecteur,
Un professeur me dit un jour : « Pour bien
pousser, il faut d’abord bien se planter. » Ce devait être un jour de mauvaise
note, et il voulait tout de même m’encourager. Au-delà de ce contexte où la
phrase prend un ton humoristique, il est nécessaire, pour s’épanouir, de
trouver un sol favorable. Alors on peut devenir une belle plante qui profite du
soleil, un arbre dans lequel nichent les oiseaux. De même un bateau, s’il prend
la mer, doit avoir des voiles, mais il a aussi besoin d’une quille pour ne pas chavirer. Et plus la quille est grande, plus il peut déployer de voiles.
Le monde dans lequel nous vivons est fort vaste. Nous avons accès au savoir du monde entier, environnés d’offres et de sollicitations diverses. Une chose est sûre : ce monde est trop grand pour qu’une vie suffise à l’explorer totalement. Au milieu de tous ces vents, comment s’orienter ? Comment me cultiver ? Comment devenir "quelqu'un qui sait choisir ses compagnons parmi les hommes, les choses, les pensées, dans le présent comme dans le passé" ? (Hannah Arendt, La Crise de la culture)
Je pense que le premier travail à faire est de bien se planter. De ne pas oublier sa quille, c’est-à-dire sa propre identité. Et c’est un travail, parce que malgré ce qu’en pensent nombre de nos contemporains, une identité s’affirme parce qu’elle s’est forgée. Elle ne se forge pas en s’affirmant. Nous en reparlerons sûrement… Après m’être bien planté, après avoir plongé ma quille dans les flots, je peux déployer mes feuilles ou mes voiles, je peux rencontrer d’autres cultures, visions ou personnes, je peux m’étonner sans être remis en cause, me remettre en cause sans être ébranlé, être ébranlé sans m’effondrer.
Commentaires