J'aimerais vous raconter une histoire vraie, arrivée récemment :
Il s'agit d'un séminariste en cinquième année d'études. Une "bonne âme" alla voir son évêque pour l'alerter : le séminariste était "sensible". Comprendre, en langage de catholique bien-pensant, homosexuel. La peur, parfois, s'étend aux mots même qui en désignent l'objet. L'évêque, en serviteur du Christ, renvoya immédiatement le séminariste, sans même lui parler.
J'aimerais que l'on m'explique en quoi la sexualité de quelqu'un peut avoir une quelconque importance lorsque c'est l'abstinence qui lui est demandée.
Il y a dans la position de l'Eglise vis-à-vis de l'homosexualité une tension profonde avec l'esprit du temps. La société post-moderne a depuis longtemps donné à l'orientation sexuelle la même valeur que celle donnée à la race après la deuxième Guerre Mondiale : l'identité est tout, la morale n'est rien. Pour l'Eglise, c'est l'inverse : l'identité est dissoute dans le Christ, la morale est donnée par Dieu à travers la Nature.
Je suis naturellement tenté de penser que la position juste se trouve au milieu : le relativisme produit des mollusques moraux, le dogmatisme de l'Eglise sur la question homosexuelle produit une injustice et une souffrance dont peu de Chrétiens sont conscients, tant le tabou est lourd, les peurs profondes, les ostracismes haineux. Je ne m'en suis moi-même rendu compte que lorsqu'un ami fut concerné.
Peut-être reviendrai-je une autre fois sur cette question. En attendant, voici une lettre de Gui(llaume Apollinaire) à Lou(ise de Coligny). J'espère qu'elle sera une consolation pour ceux qui en ont besoin.
Tu m'as parlé de vice en ta lettre d'hier
Le vice n'entre pas dans les amours sublimes
Il n'est pas plus qu'un grain de sable dans la mer
Un seul grain descendant dans les glauques abîmes
Nous pouvons faire agir l'imagination
Faire danser nos sens sur les débris du monde
Nous énerver jusqu'à l'exaspération
Ou vautrer nos deux corps dans une fange immonde
Et liés l'un à l'autre en une étreinte unique
Nous pouvons défier la mort et son destin
Quand nos dents claqueront en claquement panique
Nous pouvons appeler soir ce qu'on dit matin
Tu peux déifier ma volonté sauvage
Je peux me prosterner comme vers un autel
Devant ta croupe qu'ensanglantera ma rage
Nos amours resteront pures comme un beau ciel
Qu'importe qu'essoufflés muets bouches ouvertes
Ainsi que deux canons tombés de leur affût
Brisés de trop s'aimer nos corps restent inertes
Notre amour restera bien toujours ce qu'il fut
Ennoblissons mon cœur l'imagination
La pauvre humanité bien souvent n'en a guère
Le vice en tout cela n'est qu'une illusion
Qui ne trompe jamais que les âmes vulgaires